Romans

ROMANS 2010

 
Fugue
Anne DELAFLOTTE MEHDEVI

En cette rentrée scolaire chahutée, Clotilde, mère de 4 enfants, a perdu la voix. La voie aussi sans doute puisque ses 2 derniers petits font leur entrée à l’école et voilà donc notre héroïne en questionnement sur son « que faire » de ses journées.
Le dessin, le mime sont les parades quotidiennes de la muette. Au début, le père, l’époux et l’amie s’en accommodent. Mais le temps passant, tout ce beau monde perd patience surtout que la jeune femme refuse tous traitements chimiques et psychiques.
Si elle se révèle incapable de parler, la Muette trouvera sa voie dans le chant.
Attachante Clotilde qui fait son bout de chemin, à son propre rythme, faisant, pour une fois, fi de ce que les autres attendent d’elle.
Un beau portrait de femmes qui en enchantera plus d’un(e).


 
Bifteck
Martin PROVOST

Imaginez, à la veille de la Première guerre mondiale, un boucher de Quimper, roi de la bidoche, ayant appris l’alphabet avec le champ lexical professionnel du boucher. André Plomeur est non seulement le roi de la viande…mais aussi de la bonne chair féminine. Lorsque les soldats s’en vont en guerre, le boucher appâte la cliente avec ses meilleurs morceaux. Et tout se conclut derrière l’église. Ces rendez-vous illicites donnent naissance à sept magnifiques bambins. Le festin se termine à l’armistice. André Plomeur, qui se découvre une fibre paternelle inattendue, fuit la fureur des maris cocus et décide de partir en Amérique. Tel Noé, André embarque avec sa progéniture sur un voilier breton…
Un court roman qui navigue entre fable et allégorie, tendresse, poésie et humour.
Un drôle de petit roman déjanté qui ne fera certes pas l’unanimité mais qui ravira les lecteurs sensibles au non conformisme.
Personnellement, je n’ai pas aimé. J’ai adoré !
Un mot sur l’auteur : Martin Provost est le réalisateur de « S éraphine », un film récompensé en 2009 par sept César.


 
Girl meets boy
Ali SMITH

Deux sœurs, l’une, Midge, s’efforce de s’intégrer au sein d’une multinationale écossaise, l’autre, Anthea, nettement plus critique et marginale, tombe amoureuse de Robin, une fille, militante anticapitaliste, ce qui ne lui pose aucun problème. A nous non plus. C’est la sœur aînée qui en est bouleversée. D’après elle, Anthea est atteinte d’une sorte de maladie : « Je ne peux arriver à dire ce mot.» Pauvre Midge qui finira bien par admettre qu’elle-même est attirée par un garçon aux allures féminines. L’auteur bouscule ainsi quelques repères sur une variation de l’histoire d’Iphis et Ianthé, racontée par Ovide dans ses Métamorphoses.
L’avis de Simone :
Curieux bouquin. Une jolie et même poétique évocation de la relation amoureuse et, par ailleurs, une lourdeur extrême quand il s’agit d’aborder l’homosexualité et beaucoup de platitude pour dénoncer le capitalisme. Le roman ressemble parfois à un brouillon que l’auteur a oublié de mettre au net : par exemple, l’histoire d’Iphis et d’Ianthé est racontée deux fois avec quasi les mêmes mots à deux pages d’intervalle. Quant au premier chapitre, où il est question des grands parents, je n’y ai rien compris, il y règne une confusion des « genres » qui ne sera jamais explicitée. Le grand-père est-il la grand-mère ou le contraire. J’attends vos suggestions


 
Passé sous silence
Alice FERNEY

Ce n’est pas sûr que vous vous rappeliez clairement l’attentat du Petit Clamart. Un court rappel : le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, partisan de l’Algérie Française, organisa le 22 Août 1962 une tentative d’assassinat du Président De Gaulle, lors d’un déplacement. Si cet événement, que Bastien-Thiry requalifiera d’enlèvement lors de son procès, est à la base du livre d’Alice Ferney, il compte moins que « l’affrontement entre deux visions de l’honneur et du service de l’Etat. » D’ailleurs, Alice Ferney change les noms des personnes et des endroits, la guerre d’indépendance se déroule entre la Terre du Sud et le Vieux Pays avec, à sa tête, un chef prestigieux qui n’agit pas comme l’attendait le jeune officier. En effet,  Jean de Granberger, après avoir promis de ne pas abandonner « la Terre du Sud », tout en enjoignant aux militaires de continuer le combat, a entamé un processus d’émancipation qui a conduit à l’indépendance. Paul Donadieu se sentant trahi dans ses valeurs fondamentales et orchestre, maladroitement,  cet attentat qui le conduira devant le peloton d’exécution car De Gaulle/ Granberger restera inflexible.
A remarquer la diversité des sujets abordés par Alice Ferney dans ses romans et la force et la qualité de chacun d’eux.


 
Dieu est un pote à moi
Cyril MASSAROTTO

Le narrateur, trentenaire au début de l’histoire, fait deux rencontres essentielles dans sa vie : Alice qui deviendra son épouse et Dieu.
L’auteur nous conte le roman d’une vie oscillant entre amour et désespoir, liberté et souffrance. Un récit au style minimaliste, plein de tendresse, de bons sentiments et d’humour.
Certes, ce premier roman n’est pas exempt de défauts mais il vous touchera très probablement et vous fera passer un moment agréable.


 
Le chagrin
Lionel DUROY

La vie n’est pas un long fleuve tranquille pour la famille Dunoyer de Pranassac.
Théophile, diminué en Toto, est d’ascendance aristocratique, ce qui ne l’empêche pas de tirer le diable par la queue -  c’est normal, il est catholique de tradition – pour essayer de satisfaire les désirs de son épouse qui rêve de « tenir son rang » et les besoins élémentaires de ses enfants, ils sont dix au final - répétons qu’il est catholique et précisons qu’il aime sa femme. Le narrateur est William, le quatrième dans l’ordre d’arrivée, une mauvaise place, à supposer  qu’il y en ait une quand on se trouve pourvu d’une mère terrorisante, d’un père humilié et dépourvu de tout le reste.
Par ailleurs, Toto n’est pas un héros, persuadé pendant la guerre des vertus du Maréchal Pétain, il n’appartiendra pas à l’armée des ombres. Il ne changera jamais de vision politique, ainsi l’Algérie doit rester française et de Gaulle reste un traître, pour peu, il poserait dans ce but des actions courageuses. William évolue donc dans un milieu d’extrême droite et il lui faudra longtemps pour arriver à ses propres choix. Tout au long du roman, largement autobiographique, il est triste. Il y a de quoi. Tout de même, il a compris, il fera moins d’enfants.


 
La couleur des sentiments
Kathryn STOCKETT

En solfège, une blanche égale deux noires. Dans le Mississipi du début des années 60, une Blanche n’a pas d’équivalent. Nul ne met en doute une supériorité raciale affichée jusqu’au plus extrême et plus tranquille mépris. Pourtant, deux Noires et une Blanche vont mettre en commun leur volonté et leur courage pour rendre compte de l’absurdité et de l’injustice d’une ségrégation qui fait fi de la vie même de celui qui n’a pas la couleur dominante. A trois donc, grâce à leur opiniâtreté, elles vont recueillir des témoignages qui deviendront un livre. S’exprimeront ainsi, au fil des pages, des exemples nombreux d’humiliations mais aussi d’amour car, pendant leurs premières années, se créent des liens très forts entre les enfants blancs et leur bonne. Un roman passionnant et profondément humain qui rappelle ce que déjà nous oublions peut-être : combien il a fallu de détermination et d’audace pour que changent les mentalités – et encore, finalement, est-ce tout à fait gagné : si Obama est aujourd’hui président, il reste encore des Américains qui ne le supportent pas.


 
Ouragan
Laurent GAUDE

Abandonnée des dieux et des hommes, la Nouvelle-Orléans courbe l’échine face à un ouragan déchaîné. Seule une poignée d’individus s’apprête de gré ou de force à affronter le terrible cataclysme. « Négresse depuis bientôt 100 ans », Josephine Linc. Steelson est en quelque sorte la chef d’orchestre de ce roman polyphonique et incantatoire où les voix d’une dizaine de personnages se mêlent et s’entremêlent. Où des hommes placés dans des conditions extrêmes combattent, relèvent la tête ou perdent leur âme.
Et Joséphine chante… un chant de faim, un chant d’espoir, un chant d’amour. Un chant de résistance.


 
Infrarouge
Nany HUSTON

Une semaine de vacances en Toscane. Un enchantement ? Pas tout à fait : sans doute, Rena, artiste, reporter-photographe, quarante-cinq ans, se promène-t-elle à Florence en admirant des chefs d’œuvres à foison, seulement, elle est accompagnée par son père, qui n’est plus l’homme brillant et séduisant dont elle se souvient par bouffées et par sa belle-mère, qui l’agace par ses commentaires terre à terre. Si ceci constitue la trame du roman, ce n’est pas l’essentiel. Tout au long du séjour, Rena raconte à Subra, son amie imaginaire, des morceaux de son passé familial et érotique. Trois maris, une foule d’amants de nationalités et de couleurs diverses – elle est « xénophile » - Rena a pris avec chacun un plaisir total qu’elle explicite sans vulgarité, rassurez-vous. C’est du sexe très littéraire pour lecteurs avertis. Et pendant ce temps-là, à Paris, Aziz son jeune amant lui envoie des messages bouleversés : deux jeunes arabes viennent d’être électrocutés dans une cabine à haute tension où ils s’ étaient réfugiés, on est en octobre 2005.
L’avis d’Ingrid :
Ce n’est pas le roman de Nancy Huston que je préfère, une overdose d’œuvres d’art et de verges. Au moins, ayant buté sur un mot, kinbaku, je me suis informée auprès de Google et j’ai enrichi ma culture. Tout ce que l’on peut faire avec de la corde !


 
L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet
Reif LARSEN

Fils d’un cow-boy du Montana et d’une entomologiste, T. S. Spivet est un jeune prodige de la cartographie. Tout est prétexte à croquis : le ranch familial, la sœur épluchant du maïs, le père s’occupant des chevaux… Le jeune Spivet est tellement doué que ses dessins sont primés par une société savante de Washington qui ignore qu’elle récompense un enfant de 12 ans.
C’est en douce que le génie quitte le domicile pour traverser son pays dans un train de marchandises. L’enfant nous conte son incroyable périple qui l’emmène vers son futur mais qui lui fait, paradoxalement découvrir son passé.
Un fatras de notes, croquis et statistiques inonde les marges de l'épais volume et confère au récit un rythme insolite et décalé. L'inventivité de ces digressions ludiques offre fraîcheur et fantaisie à un enthousiasmant road-trip.


 
Dieu voyage toujours incognito
Laurent GOUNELLE

Sur le point de se jeter du haut de la tour Eiffel, Alan est sauvé in extremis par un dénommé Dubreuil. Entre les deux hommes, un pacte est scellé : désormais, Alan devra faire tout ce que son sauveur lui demandera. Pacte méphistophélique ? Non car bientôt et en dépit des épreuves difficiles qui lui sont imposées, Alan se sent beaucoup mieux dans sa tête et dans sa vie. Mais qui est ce Dubreuil qui semble tout savoir de la vie, des pensées du jeune homme ? Et surtout, qu’attend-il de lui ?
Un roman humaniste qui brasse avec bonheur développement personnel, humour et suspens. Un livre qui vous habitera bien longtemps après que vous l’ayez refermé.


 
Peut-être une histoire d'amour
Martin PAGE

Présentation de l'éditeur :
En rentrant chez lui, Virgile est attiré par le clignotement de la diode rouge de son répondeur. Clara lui annonce qu'elle le quitte. Mais qui est Clara ? Si être élaissé par la femme qu'il aime est habituel, être quitté, avant même le début d'une relation, par une inconnue est une première. Doit-il ignorer le message, l'effacer ? Peut-il reconquérir une femme qu'il ne connaît pas ?
L'avis de Françoise :
Monologue d'un névrosé à la recherche de lui-même. Virgile est peut-être passé à côté d'une histoire d'amour. Il fait le récit de son parcours intérieur, rien ne se passe et ça lasse.
Martin Page est-il passé à côté de ce roman-là ou est-ce moi ?


 
La double vie d'Anna Song
Minh TRAN HUY

Anna Song est « la plus grande pianiste vivante dont personne n’a jamais entendu parler ». Et pour remédier à cet injuste état de faits, son mari et producteur va orchestrer une campagne de presse en envoyant aux médias des CD interprétés par son épouse. Le mythe est créé et l’engouement fervent. Mais voilà qu’un bruit circule : les enregistrements retouchés et trafiqués auraient ét é empruntés à d’autres pianistes…
Ce roman a pour point de départ l’étrange et véridique affaire de Joyce Hatto (1928-2006). Cette pianiste sans succès ni relief, malade et recluse, se mit à éditer de nombreux disques qui enthousiasmèrent la critique jusqu’à ce que la supercherie soit découverte.
L'avis de Françoise :
Histoire d'une supercherie, ce roman fort bien écrit prend des airs de document. Il est à mettre entre toutes les mains des mélomanes avertis.
Je l'ai lu et s'il m'a plu, c'est que j'ai sauté quelques pages.


 
C'est ici que l'on se quitte
Jonathan TROPPER

« Ils sont venus. Ils sont tous là » seulement, ils n’avaient pas prévu de rester ensemble et de se supporter pendant tant de  jours, le temps de la shiv’ah, sept jours de deuil sous le même toit. Un souhait paternel inattendu car la famille, bien que juive, n’a jamais vraiment suivi les rites. Les voilà donc réunis, affrontant difficilement les vieilles rancœurs et ressassant de nouveaux problèmes personnels. Ainsi, s’il n’était pas rentré plus tôt, Judd n’aurait pas surpris sa femme au lit avec son patron, il a beau être affligé par son deuil, il a tout de même perdu et son épouse et son travail. Ses frères ne baignent pas non plus dans l’harmonie conjugale : Paul, son frère aîné  et sa femme essaient vainement et à grand bruit de procréer. Philip a décidé d’épouser sa psy, elle est très élégante mais tout de même nettement plus âgée que lui. Quant aux enfants de sa sœur, ils  sont plus que dynamiques. Si Dieu a créé le monde en sept jours, il n’en faut pas autant pour que chacun des membres de cette famille pète les plombs.


 
La tendresse des loups
Stef PENNEY

Franchement pas facile à résumer ce roman. Beaucoup d’événements, beaucoup de personnages que l’auteur a tous doté d’une individualité intéressante sinon attachante. Il se déroule en 1867, au Canada, dans une communauté d'origine écossaise. Le point de départ : la découverte d’un crime. La blessure à la gorge et le crâne scalpé écartent l’hypothèse d’un suicide. La victime : un trappeur. Le coupable ? Peut-être Francis, un adolescent adopté par le couple Ross et qui a disparu le jour même. L’enquête commence qui se traduit par une série de traques. L’un cherche le fugitif, l’autre des fourrures de grand prix, l’autre encore une tablette d’ivoire aux caractères indéchiffrables. Le froid aveugle et fend les lèvres. Les loups rôdent et l’angoisse est palpable chez ceux qui n’ont pas l’habitude de telles expéditions. Les caractères sont aussi complexes que l’intrigue, derrière chaque individu des fragilités, des fêlures et des zones d’ombre qui le resteront.
Présentation de l’éditeur :
Porté par une construction éblouissante qui entremêle différentes voix, un roman épique, ample, violent, dans la tradition des plus grandes œuvres naturalistes ( …) Un voyage étourdissant dans les étendues glacées du Grand Nord canadien.
L’avis de Suzanne :
Le roman comporte 446 pages et je les ai toutes lues, signe d’un grand intérêt.


 
Et Nietzsche a pleuré
Irvin Yalom

En 1882, à Vienne, Josef Breuer vit très bourgeoisement. Outre, qu’il était amoureux d’elle, sa femme lui a apporté une fortune qui permet à la famille de vivre dans l’aisance. Sa réputation de médecin est excellente et ses travaux scientifiques lui valent beaucoup d’estime. Or, voilà qu’un jour déboule dans son cabinet une femme, jeune, belle et impérieuse. Lou Salomé, qui vient de tenter un ménage à trois hautement intellectualisé avec Nietzsche et Paul Rée, s’inquiète pour le philosophe car le trio est devenu duo et Nietzsche se sentant trahi est en proie à des pensées suicidaires. Breuer pourrait-il intervenir lui qui vient de réussir le traitement d’Anna O. par une « cure de parole ». Subjugué, le médecin accepte et commencent alors entre les deux hommes des échanges qui, basés au départ sur une supercherie, bouleversent plus le médecin que son patient. Breuer confie ses désirs et ses angoisses alors que le philosophe reste secret quant à ses douleurs personnelles. Oui, qui conduit le travail lors de ces séances de « ramonage » psychologiques ?
L’avis de Françoise  :
Nietzsche et Breuer ne se sont rencontrés que dans l’imagination de l’auteur et pourtant, chacune des réparties de leurs discussions sonne juste. Cet ouvrage évoque donc les premiers balbutiements de la psychanalyse et déjà cet aspect est très intéressant. Il pose en plus des questions essentielles: qu’est-ce qu’un choix de vie quand il apparaît que ce fut une erreur, faut-il l’assumer en se mentant sur ses vrais désirs, vivre en quelque sorte une vie à côté de celle qui eût été la vraie. «  Devenir qui tu es » implique-t-il de prendre une liberté qui s’arrache des contraintes et des responsabilités ? Un roman passionnant.


 
Les petites soeurs
Valérie SAUBADE

Sarah Debussy a décidé de mettre fin à ses jours. En jeune femme organisée, elle a planifié son geste et c’est avec 10 minutes de retard sur son emploi du temps fort chargé qu’elle commet l’acte fatal.
Bien qu’un océan les sépare, la famille apprend le suicide de sa cadette. Le clan est furieux : chez les Debussy, il est impensable de mourir avant l’heure et totalement inconcevable de recevoir post-mortem des cadeaux et du courrier signé de la main de la défunte. Tous à des degrés divers maudissent feu le mouton noir familial excepté sa nièce qui suit cet étrange jeu de piste et finit par découvrir de fameux cadavres dans les placards.
Pas de temps mort pour cette (sur)prenante intrigue. Un roman qui se lit comme un polar.


 
Le chagrin et la grâce
Wally LAMB

Afin de prendre un nouveau départ et consolider leur couple, Maureen et Caelum Quirk partent s’installer à Littleton, Colorado. Tous deux trouvent un poste au lycée de Colombine. Alors que Caelum est appelé dans le Connecticut au chevet d’une tante mourante, Maureen est prise en otage dans son lycée et échappe miraculeusement au carnage. Mais le massacre va causer bien des traumatismes : Maureen devient addicte aux médicaments tandis que son époux s’épuise à trouver la meilleure façon d’aider sa femme.
Pour s’éloigner des lieux du drame, les Quirk retournent dans la ferme familiale de Caelum. Mais, malheureusement, la tragédie de Colombine ne sera pas l’unique épreuve à laquelle le couple sera confronté …


 
Le week-end
Bernard SCHLINK

De vieux amis se retrouvent pour fêter un événement peu banal : une sortie de prison, Jörg est gracié  par le Président de le République allemande après 23 ans d’incarcération pour terrorisme. Quelle sera la suite de sa vie ? Va-t-il reprendre la lutte, lui qui est devenu un symbole de résistance aux yeux de plus jeunes, hostiles au régime ? Va-t-il tourner le dos au passé et choisir une sorte de sérénité bucolique ? Ses amis réunis le temps d’un week-end difficile l’interrogent et s’interrogent. Qu’en est-il de leurs propres rêves, de leurs espoirs ? Sont-ils « en exil » de leurs anciens désirs ?
L’avis de Hugo :
Sans jamais cesser de raconter une histoire, ce roman nous propose une réflexion approfondie sur la nature du terrorisme et de ses implications à la fois sur les auteurs des attentats et sur leurs victimes. Toujours la question fondamentale et non élucidée : peut-on tuer au nom d’un idéal, souvent lié à sa propre conception de la justice ?
Personnellement, je trouve ce livre plus intéressant que «  L’Attentat » de Yasmina Khadra.


 
Happy birthday grand-mère
Valérie SAUBADE

Elle fut belle et concertiste célèbre, elle eut maris nombreux et amants multiples. Elle ne s’intéressa jamais qu’à sa précieuse personne. Aujourd’hui, elle a quatre-vingt ans, elle est hémiplégique, désormais livrée aux mains peu secourables de sa fille qu’elle déteste et qui le lui rend bien. Il  lui reste la mobilité relative d’une main et de l’avant - bras, c’est peu pour commettre un crime. Il faut, outre de la détermination, assez d’astuce et de complicités. Cette vieille dame indigne n’en manque pas, elle qui garde l’amitié amoureuse d’un septuagénaire et se fait courtiser par un homme de son âge. Qui veut-elle tuer ? Sa fille pardi, sa fille qui est grosse, moche et stupide et qui la traite comme un objet encombrant dans l’attente, interminable de l’héritage.
L’avis de Catherine :
L’accident vasculaire c érébral a quasi réduit à rien les facultés physiques d’Eléonor, pas les mentales. Elle continue à regarder d’un œil cynique son entourage familial et à se rendre aussi insupportable qu’elle le peut – et elle peut beaucoup. Un roman plutôt jouissif, entre le « Noeud de Vipères » et « Tatie Danielle ».


 
Les femmes du braconnier
Claude PUJADE-RENAUD

D’un côté, Ted Hugues, beau, puissant, doué d’une séduction sauvage, de l’autre côté, deux femmes Sylvia Plath et Assia Wevill, à la fois fortes et fragiles. Entre les trois, au-dessus des trois : l’écriture. Ces êtres, qui ne sont pas des personnages, tous ont vécu les drames racontés par l’auteur, ces êtres évoluent autant dans la poésie que dans le réel, malgré, la passion, les voyages, les enfants, le succès, il y a la mort au bout.
Ted épouse Sylvia, une communion charnelle et intellectuelle parfaite de quelques années. Puis, il s’éprend d’une autre poétesse et la tragédie se déclenche, Sylvia, en se donnant la mort écrasera jusqu’au bout l’existence du nouveau couple.
Cette triple biographie essaie d’expliciter les éléments affectifs intriqués jusqu’à la fusion dans la création littéraire. C’est réussi. Il ne nous reste plus qu’à nous pencher personnellement sur les œuvres apparemment remarquables, de ces auteurs aux noirs destins.


 
Maintenant qu'il fait tout
le temps nuit sur toi
Mathias MALZIEU

Une fois n’est pas coutume, voici la critique des Inrockuptibles : « Mathias, un jeune homme d’une trentaine d’années, vient de perdre sa mère. Sur le parking de l’hôpital, il rencontre un géant qui l’aide à accepter de vivre malgré cette disparition et l’invite à un voyage fantastique dans le pays des morts. Cette évasion dans l’imaginaire lui permettra de passer d’un monde enfantin peuplé de super héros rassurants au monde plus cru et cruel des adultes. Dans la lignée d’un Tim Burton ou d’un Lewis Carroll, Mathias Malzieu signe ici un texte unique, à la fois conte d’initiation survolté et roman intimiste bouleversant. Un texte d’une force, d’une drôlerie et d’une poésie universelles, écrit parfois comme on peut crier sa douleur, ou l’envelopper dans le coton de ses rêves.  » Il écrit court, irréel, cinglant, doux-amer et souvent absurde, dans la grande tradition des livres pour grands enfants, de Roald Dahl au précieux Tim burton.  »


 
Un hiver avec Baudelaire
Harold COBERT

Philippe avait, par ordre d’importance, une petite fille, une femme, une maison. Ce n’est pas un battant et  il  se fait jeter et par sa femme et par son patron. Alors, il n’a plus rien et il se retrouve dans la rue, SDF, « itinérant » comme disent les Canadiens, c’est plus joli mais ce n’est pas plus drôle.
Philippe glisse, glisse, jusqu’à fréquenter des dortoirs nauséeux et se mettre au gros rouge. Heureusement pour lui, il se fait de nouveaux amis et apprend l’existence d’une association qui remet à flot ceux qui se retrouvent sur le flanc. Peut-être retrouvera-t-il sa petite fille, un logement et une autre femme. Ajoutons que pendant les temps galère, il y Baudelaire le chien : «  Prends moi avec toi, et de nos deux misères, nous ferons une espèce de bonheur. »
Un commentaire :
"Un de ces livres dont les ficelles deviennent d'énormes cordes à noeuds, mais dont le déroulement de l’intrigue importe moins que le résultat. On s'est fait prendre au piège de cette histoire émouvante, qui finit bien parce que c'est ainsi que cela devait être. L'optimisme aujourd'hui est suspect : on oublie qu'il fait aussi un bien fou."
http://www.actualitte.com/dossiers


 
Julie et Julia : sexe, blog et
boeuf bourguignon
Julie POWELL

Quand on a trente ans, on peut avoir l’impression de se trouver dans un cul-de-sac  même si celui-ci est plutôt confortable. Et bien Julie a trente ans et se demande quelle orientation donner à sa vie. Heureusement, chez sa mère, elle retrouve un livre de cuisine, point de départ d’une expérience qui décide de son destin : elle se donne exactement 365 jours pour cuisiner les 524 recettes du livre de Julia Child : «  Mastering the Art of French Cooking » et elle crée un blog pour relater son expérience... Mais qui est donc cette Julia ?  Il paraît qu’elle a changé pour toujours la façon de cuisiner de l'Amérique. Si c’est vrai, il reste encore beaucoup à faire ou à refaire quand on sait les difficultés rencontrées par Julie pour trouver ses ingrédients. Là, un os à moelle est bien plus difficile à trouver qu’un autographe de Georges Clooney. Julie s’obstine et secoue donc les habitudes alimentaires de son entourage … Tout de même, ses amis ont du mal avec la betterave rouge qui donne aux plats une bizarre couleur de bonbon …
L’avis de Juliette :
Si vous avez trente ans et que vous connaissez des troubles existentiels, essayez de trouver un idée pour sortir de la métaphysique : le blog de Julie Powel l’a rendue célèbre et lui a permis de gagner pas mal d’argent. C’est vrai aussi qu’elle avait obtenu un diplôme en 1995 dans les catégories théâtre et écriture créative. Une bonne formation en toques.


 
Ne marche pas si tu peux danser
Anne van STAPPEN

Sophia, 32 ans, fonceuse, dynamique et entreprenante évolue dans le monde stressant de la mode.
Par ailleurs, sa vie sentimentale connaît des tensions et sa vie personnelle souffre d’un grave manque. Prise de doute et d’incertitude, la jeune femme décide de remettre sa (ses) vie(s) en question.
Heureusement, Mattéo, un psy retraité imprégné d’une antique sagesse, fruit de grands malheurs, est là pour la guider…
Un roman initiatique que vous allez adorer. Les personnages pondent des « clés de vie » à chaque phrase. Y a qu’à se baisser pour ramasser.
Ah, j'oubliais l'essentiel : ce roman nous initie à la communication non violente (CNV) et nous montre comment rencontrer l'autre avec bienveillance, en le respectant tout en se respectant.


 
Ce que je sais de Vera Candida
Véronique OVALDE

A Vatapuna, Rose fut une putain discrète et respectée, reconvertie dans la pêche aux poissons-volants. Elle fut, âgée déjà, amenée à s’occuper de sa petite fille Vera dont la mère, Violette, un peu simplette, se donnait elle gratuitement à tout homme qui la désirait. Sur ces femmes, dans un décor d’Amérique du Sud imaginaire, luxuriant et déliquescent, planera toujours l’ombre mystérieuse et pernicieuse de Jeronimo, un étrange étranger. A quinze ans, Vera s’est enfuie vers la ville portant un enfant au père indéfini. Vingt cinq ans plus tard, elle revient à Vatapuna, lourde de sa maladie et de ses secrets. Elle a laissé à la ville son mari qu’elle aime et dont elle est adorée. L’appel du passé s’est soudain montré impérieux. C’est ainsi que commence le roman.
L’avis de Dominique :
Ces femmes me paraissent bien plus « puissantes » que celles qui ont gagné le Goncourt. En outre, elles sont autrement attachantes dans leur force fragile. L’auteur, raconte avec une sorte de détachement tendre, une histoire dont les éléments qui ne sont pas révélés dans un ordre strictement chronologique ne paraissent pourtant  pas dispersés artificiellement comme c’est un peu la mode aujourd’hui.


 
Le secret
Frédéric LENOIR

Pierre Morin est un jeune homme solitaire épris de nature. Il n’est pas rare qu’il passe la nuit à la belle étoile pour ensuite s’en retourner aux champs. Lorsque sa mère ne le voit pas rentrer deux jours de suite, elle s’inquiète et interroge les villageois. Finalement, une enfant muette la conduira jusqu’à son fils. Celui-ci a chuté et perdu connaissance. Mais rien de bien grave en définitive.
Seule, sa mère s’apercevra que son regard a changé. Il est devenu lumineux, comme chargé d’une intense émotion. Madame Morin connaît bien son fils. Elle décide de ne pas le brusquer mais surtout, surtout, elle sait que les secrets ont besoin de temps pour se révéler.
Un conte philosophique bien écrit et bien construit avec un message simple et humaniste. Un suspense si bien mené que la fin risque d’en décevoir quelques uns. Mais faut-il pour autant bouder son plaisir ?


 
Guide de l'incendiaire des maisons d'écrivains en Nouvelle-Angleterre
Brock CLARKE

La maison/musée d’Emily Dickinson* a cramé. Sam, l’incendiaire, a en outre causé la mort d’un couple s’adonnant de soir-là à d’imprévues galipettes. Bien qu’il ne l’ait pas fait volontairement, il est incarcéré pendant dix ans. A sa sortie, il fonde une famille rigoureusement ordinaire, surtout pas un mot sur son trouble passé. H élas, les mensonges entassés, année après année, lui tombent sur la tête à l’arrivée de l’orphelin qui n’a pas dispersé les cendres de ses parents aux quatre vents de sa mémoire. Ce dernier a décid é de lui pourrir la vie et il y parvient brillamment. Mis à la porte par sa femme, Sam retourne chez ses parents : on l’a compris, ce n’est pas un battant ! Là, il picole en leur compagnie en lisant les lettres de ceux qui le supplient d’incendier d’autres maisons célèbres … Encore de la fumée en perspective !

*Si comme à moi, ce nom ne vous dit rien - sachez qu’il s’agit d’une poétesse américaine du XIX ème siècle.

 


 
On ne boit pas les rats-kangourous
Estelle NOLLET

Un endroit perdu. Au bout d’une route. En face d’une montagne. A côté d’une décharge. Tout est crade. Tout est déglingué. Des journées à cuire sous le soleil. Des nuits à se geler les fesses. Les habitants sont une poignée d’ivrognes à s’approvisionner chez M. Den et à se saouler chez Dan. Pas varié. Pas d’espoir. Seuls deux individus sont nés dans ce dépotoir humain. Dig Doug qui inlassablement creuse des trous et Willie dont les parents sont morts dans un incendie. De quoi sont coupables les autres ? Pourquoi se retrouvent-ils toujours au point de départ quand ils cherchent la sortie. La cherchent-ils d’ailleurs ? Les horreurs de leur passé les arriment là plus solidement que des chaînes. Willie peut-être va-t-il comprendre ?
L’avis de Marie :
Pour un premier roman - l’auteur a trente deux ans - chapeau, c’est du costaud


 
Contre-enquête sur la mort
d'Emma Bovary
Philippe DOUMENC

Vous n’avez pas lu Madame Bovary ? Pas grave, ce roman en rappelle tous les événements.
Vous avez lu et aimé ? Vous aurez le plaisir de retrouver tous les personnages, Emma, son mari, ses amants, le pharmacien et même l’opéré/ raté de Charles, ceci sous un éclairage assez différent : c’est qu’il s’en passe de drôles de choses à Yonville ! Et de cela Flaubert ne parlait pas …
Vous avez lu –dû – lire et vous n’aimiez pas ? Alors c’est le moment de vous réconcilier avec ce grand classique. Philippe Doumenc anime tout ce petit monde et construit une intrigue sans doute plus nerveuse que l’originale.

- Mais qu’ont-ils donc tous à s’avouer coupable alors qu’il n’est même pas sûr qu’il s’agisse d’un assassinat et non pas d’un suicide ?