Romans

ROMANS 2011

 
Marie-Blanche
Jim FERGUS

Renée est une femme enfermée dans son corps et son grand âge.
Passant dans la région où elle réside, l’auteur décide de rendre visite à sa presque centenaire de grand-mère. Pourtant, il ne l’aime pas. Il considère cette femme froide et tyrannique, responsable des malheurs de sa famille et notamment de celui de sa mère qui a été enfermée dans un asile suisse au milieu des années 60.
Avec le dessein de comprendre son aïeule et peut-être lui pardonner, Jim Fergus retrace le parcours de Renée.
Parallèlement, nous ferons la connaissance de Marie-Blanche (La mère de Jim) à travers son journal intime.
Bien qu’inspirée de son histoire personnelle, Jim Fergus relate une fresque poignante qui traverse un siècle et 3 continents.


 
Les oreilles du loup
Antonio UNGAR

« J'ai trois ans et je cours comme un tigre. Perché dans un arbre au milieu des oiseaux, je regarde papa qui s'en va dans sa voiture rouge. Mon imagination est sans limites, et mes bêtises, personne ne peut les effacer. Cacher des grenouilles dans le lit de grand-mère, mettre le feu à mon cartable, espionner la belle Aldana... c'est plus drôle que de croiser le fantôme de papa qui rôde dans la savane. »
Résumé tiré du site Amazon

L’avis de Françoise :
Toute la richesse du r écit : la très belle plume d’Antonio Ungar et deux grands yeux d’un enfant qui regarde et met en image la vie de sa famille qui éclate. Ensemble, ils racontent un roman magnifique, sensible et tellement vrai !
Un plongeon très réussi dans l’imaginaire de l’enfance


 
Poète et paysan
Jean-Louis FOURNIER

Il fut ensorcelé. Pour elle, il était prêt à un retour à la terre. Retour est une manière de causer car il n’avait jamais vu un tracteur autrement qu’en photo et le lait lui était toujours arrivé en bouteille. N’empêche, par amour, il éprouve un élan paysan et commence à travailler dans la ferme des parents de sa fiancée … qui reste en ville et vient le voir le week end, au début. Les génisses sont sympathiques, les gens plutôt bienveillants malgré ses maladresses. Dommage que l’odeur de purin soit si tenace.
Bref, une vocation sans enracinement qui vire assez vite au désenchantement. « Adieu veau, vache, cochon, couvée » Et sans doute : Adieu la fiancée.


 
La maison des singes
Sara GRUEN

Les 6 bonobos du laboratoire dirigé par Isabel Duncan sont des singes peu ordinaires. En effet, ceux-ci parlent et sont capables d'amour.
Suite à un acte malveillant, Sam, Bonzi et les autres se retrouvent en liberté, objets des plus basses convoitises.
Bien que grièvement blessée par la destruction du labo, La jeune scientifique est bien décidée à sauver nos cousins du mercantilisme et de la méchanceté humaine...

Après nous avoir fait découvrir la place de l'animal dans le cirque avec son excellent "De l'eau pour les éléphants", Sara Gruen nous passionnera cette fois encore avec son nouveau roman aussi palpitant qu'un trhiller.


 
Il faut qu'on parle de Kevin
Lionel SHRIVER

Déficit d’amour maternel ? Monstruosité innée ? Kevin, à seize ans, a assassiné neuf personnes dans son lycée. Sa mère cherche à en comprendre le pourquoi. Elle scrute le passé, revient sur les événements qui pouvaient révéler la nature perverse de Kevin ou qui mettaient en cause sa responsabilité personnelle. Est-elle coupable  ou l’évolution de son fils était-elle inévitable ? Leurs relations furent toujours difficiles, alors, sans concession, elle les détaille dans des lettres adressées à son mari dont elle est séparée. Un roman étranger au pathos qui nous livre une dissection à la fois sèche et nuancée, prenant ses racines dans des questions fondamentales. Bref un livre puissant dont le dénouement nous surprend par la révélation d’une ultime violence.

Un film vient d’être r éalisé à partir de ce roman et les commentaires saluent la prestation remarquable de l’actrice Tilda Swinton.

 


 
La femme au miroir
Eric-Emmanuel SCHMITT

3 femmes, 3 époques, 3 façons d’être et de vivre, 3 chemins : l’un mystique, l’autre psychologique et, enfin, le dernier, chimique.
Ces trois-là se ressemblent et ont en commun de se différencier de leurs contemporains. Rebelles à leur façon, Anne, Hanna et Anny cherchent à vivre leur destinée sans aucune compromission. Dussent-elles sacrifier aux convenances.
Et si ces trois-là n’étaient qu’une seule et même personne ?
Bruges serait alors leur point de rencontre…"


 
Et te voici permise à tout homme
Eliette ABECASSIS

Anna est divorcée civilement, pour l’être religieusement - elle est juive orthodoxe – il lui faut obtenir, de son ex époux, le guet, cet acte qui l’affranchirait totalement. Et c’est là le problème de la jeune femme et du roman : Simon le lui refuse obstinément, ce qui signifie qu’elle ne pourra pas se remarier religieusement et qu’un autre enfant serait considéré comme un bâtard. Or, elle a rencontré Sacha, le pendant clair du noir Simon. Avec lui, c’est l’amour respectueux, la sexualité accomplie dans la pureté de l’échange et la passion partagée. Anna multiplie les démarches et accepte toutes les exigences financières injustes. Obtiendra-t-elle enfin ce précieux document qui la libérerait ? En attendant, elle est « Agouna. Enchaînée, ancrée, enlisée. »
L’avis d’une lectrice :
Si vous voulez connaître les complexités de la religion juive orthodoxe à propos du divorce, autrement que par «  Le Guide du divorce religieux - GUET- en France », c’est un moyen plaisant de vous informer.
Si vous aimez les histoires d’amour brûlantes et difficiles, vous apprécierez.
Quant à dire que ce mélange des genres donne un bon roman …


 
Les chaussures italiennes
Henning MANKELL

« Une île. Entre le ciel et l'eau. Une île. Sans hommes ni bateaux. »
Si, pourtant, un homme, Fredrik Welin. Il était médecin et à la suite d’une faute médicale, orgueilleusement, il a renoncé au monde. Depuis des années, dans cette solitude décidée, chaque matin, pour se sentir quand même exister, il s’immerge dans l’eau glacée. Un jour, s’aidant d’un déambulateur, arrive, épuisée par le froid et la neige, une vieille dame, un amour de jeunesse, enfoui sous les souvenirs d’une vie passée au loin. Elle réclame la réalisation d’une promesse jamais tenue avant sa fin qu’elle sait proche. Malgré ses réticences, Fredrik finit par accepter. Commence alors pour lui un voyage qui, de rencontres en surprises, le conduit bien plus loin que les kilomètres parcourus.
Le roman se déroule en Suède et, pourtant, ces « Chaussures italiennes» tiennent bien une place importante dans le récit !


 
En moins bien
Arnaud LE GUILCHER

Ils viennent de se marier et partent en voyage de noces. Mais le mari va bientôt découvrir un os dans la noce : la belle, la sienne, s’est volatilisée la nuit des épousailles. Pfuit : envolée, disparue, la jolie.
Mousse après mousse, ce looser magnifique et un brin alcoolique tangue sur les vagues de son désespoir dans ce bled décidemment bien perdu et pourri.
Pourtant, un Allemand lui aussi éconduit et qui passe ses journées à tourner en rond (au sens propre du terme) va changer la donne…
Un roman étrange  (d’un genre nouveau ?) à découvrir.
Je ne peux pas dire que j’ai aimé mais je n’affirme pas non plus n’avoir pas aimé.
Etrange, vous dis-je…


 
C'est moi qui éteins les lumières
Zoyâ PIRZÂD

Clarisse, une femme au foyer, très ordinaire et dévouée : un mari plutôt gentil, ingénieur et amateur d’échecs, un fils, Armène, qui entre dans l’adolescence et des jumelles espiègles. Famille arménienne très ordinaire établie à Abadan (Iran) dans une époque imprécisée, sûrement avant la révolution islamique. De nouveaux voisins viennent un peu troubler ces eaux calmes, une jeune fille apparemment timide, au vrai une chipie, qui suscite chez Armène de premiers émois amoureux, son père, veuf,  sympathique et chaleureux et sa grand-mère dont la très petite taille n’enlève rien au caractère difficile. Si Clarisse est troublée par ce père fort séduisant, elle ne l’admet que dans l’ombre des sentiments inexprimés. Il ne se passe pas grand chose dans sa vie, elle n’est ni heureuse ni malheureuse, elle est occupée, quotidiennement. Dans sa cuisine passent et s’attardent sa mère, sa sœur, des amis, tous s’y sentent bien.
Curieux comme ces gens nous sont proches et comme une forme de banalité prend du charme sous la plume délicate de l’auteur.
Un triple huis clos, un portrait de trois solitudes qui s’expriment avec l’illusion d’exister encore. « Des traces d’humanité après le désastre du mal » (Bruno Frappat, journaliste à « La Croix »


 
La fête du siècle
Niccolo AMMANITI

Autrefois méprisé et humilié, un riche agent immobilier en mal de reconnaissance orchestre une fête qui se veut inoubliable. Ce sera LA fête du siècle.
Tous : tous les vip, tous les pipoles que compte Rome répondront présents à l’occasion de cet événement qualifié d’incontournable. Au programme : chasse au lion, au renard et au tigre. Tout a été prévu sauf…l’imprévisible qui se manifeste par l’arrivée d’une bande de satanistes comptant se faire une publicité sanglante en cueillant un individu dans ce vivier de vedettes, toutes, plus ou moins perverties.
Niccolo Ammaniti nous offre une satire grinçante sur la décadence de l’empire romain. Une farce sociale qui fait rire tout en frissons.


 
Fille noire, fille blanche
Joyce Carol OATES

Elles partagent une chambre, le titre indique leur couleur. Obstinément, Genna la rousse au teint clair essaye d’atteindre l’amitié de Minette, sombre de peau et d’humeur. Nous sommes dans un collège américain huppé, dans les années 70, la blanche, fortunée, s’y trouve par tradition familiale – le grand-père est le fondateur de l’ établissement - l’autre est une boursière afro-américaine venue d'une école communale de Washington. Ces différences fondamentales obsèdent Genna qui, à aucun moment, ne voudrait les faire sentir et qui échoue pourtant, malgré ses efforts pugnaces. Petit à petit, Minette subit des attaques diverses liées à son origine qui ébranlent l’université dans ses fondements et principes anti-raciaux. Comme la jeune noire s’est dès l’abord rendue antipathique à tous par son attitude arrogante, les persécutions dont elle est l’objet ne suscitent pas longtemps de la compassion. Et puis, finalement, qui est à la base de toutes ces vexations ? Ne serait-ce pas la victime elle - même ?

L’avis d’une lectrice :
Le personnage de Minette est si déplaisant que seule une culpabilité de blanche privilégiée très intériorisée peut expliquer les tentatives répétées et rejetées de Genna pour gagner la sympathie d’une jeune noire qui la zappe la plupart du temps.
Même en se dévouant à Minette, elle ne peut la rejoindre dans sa couleur, l’obstacle est infranchissable, son papa lui avait bien dit mais sans doute pas assez, occupé qu’il était à prendre des risques aux limites de la loi pour défendre ses idéaux d’avocat activiste de gauche. Et sa maman n’a pas exprimé d’avis, ex-hippie, toujours allumée, elle est plus un sujet d’embarras qu’un repère structurant.
Ce roman m’a paru répétitif dans l’exposé des thèmes. Conden é, j’aurais plus apprécié.


 
Le dîner
Herman KOCH

Dans un prestigieux restaurant d’Amsterdam, des assiettes plutôt vides – c’est le grand chic – et deux couples qui devront, entre l’apéritif et l’addition, peu à peu prendre en compte les horreurs commises par leurs rejetons. Qui sait quoi ? Qui sait qui ? Qui sait tout ? Les révélations fournies par l’auteur sont aussi chichement réparties que le contenu des assiettes, mais rassemblées, elles finissent par devenir lourdes et indigestes. Ce n’est pas le portrait d’adolescents simplement mal dans la peau de leur âge qui nous est donné, ces garçons issus de milieux très favorisés ont commis des actes ultra violents qui embarrassent bien leurs parents et le lecteur se demande, jusqu’au bout, à quel point ceux-ci vont-ils couvrir les agissements de leurs jeunes monstres toujours en devenir.


 
Chasse de tête
Marie LA FRAGETTE

Violaine est une jeune chasseuse de tête chargée par des entreprises de dénicher LA perle rare.
Parcours du combattant pour les candidats qui souhaitent intégrer l’écrin. En effet, les concurrents sont soumis à une série de tests et d’interviews impitoyables. Sans parler de la rivalité qui s’installe entre les postulants. C’est précisément lors d’un de ces entretiens qu’un prétendant au job meurt inopinément…
Voilà qui va sortir Violaine de sa routine.
Un roman qui ne passera assurément ni le siècle ni même la décennie mais qui vous plaira et fera passer un agréable moment de détente.


 
Margherita Dolcevita
Stefano BENNI

Au bord d’une ville, dans un reste de campagne imprécisée et encore préservée vit paisiblement une famille, à la fois très ordinaire et très déjantée. Margherita, l’adolescente de quatorze ans, qui nous la décrit avec humour et tendresse, nous la rend très attachante. Et puis, brusquement, à côté, pousse un grand Cube noir, une habitation soignée, entourée d’une végétation parfaite … en plastique.
Tous se laissent charmer par la sollicitude des nouveaux voisins, tous changent leur manière d’être et de penser, le père cesse de soigner les vieux objets comme s’ils avaient une âme, la mère cesse de cuisiner, le frère aîné devient le supporter d’une équipe adverse et entreprend même de se laver pour séduire la voisine, quant au cadet, il se perd dans un jeu vidéo.
Seule Margherita se méfie et déteste une gentillesse, très intrusive, qui se fonde sur une étonnante connaissance de leurs envies personnelles. Comment savent-ils tout d’eux ?
Et la métamorphose des siens se poursuit. Le roman, tout en gardant une dimension poétique, glisse vers une vision alarmante du monde tel qu’il se profile.

L’avis d’une lectrice :
Je dirai simplement que j’ai beaucoup aimé cette sorte de fable et que j’en conseille la lecture à tous ceux qui aiment l’humour, la poésie et s’inquiètent d’un devenir matérialiste et sécuritaire de la société.
Et puis aussi aux autres qui ne s’inquiètent pas encore.


L'avis de Christine :
Un roman à la plume ludique et créative. J'ai adoré même si la fin de l'histoire tourne un peu en eau de boudin. Un auteur italien à découvrir !


 
Le baby-sitter
Jean-Philippe BLONDEL

Un étudiant désargenté donnerait bien des cours d’anglais pour remplir son frigidaire, seulement, c’est sa deuxième proposition qui retient l’attention : il proposait de garder des enfants et cette offre – contre rétribution – lui vaut un grand succès.
Le voilà donc occupé le soir et entrant dans l’intimité de familles diverses aux problèmes divers. Alex, dix neuf ans, devient rapidement un baby sitter  apprécié par les gosses comme par leurs parents. Et nous lecteurs, nous l’aimons bien ce garçon pas encore adulte, qui, pourtant confronté à des difficultés de son âge, aide, les gens à sortir du marasme par sa gentillesse et son écoute attentive et cela sans même s’en rendre vraiment compte. Un jeune homme attachant et une lecture plaisante car le roman ne sombre pas dans la mièvrerie.


 
Histoire de l'oubli
Stefan Merrill BLOCK

Parce que sa mère est atteinte d’une forme rare (et imaginaire) d’Alzheimer, Seth s’est mis en tête de reconstituer l’arbre généalogique de cette pathologie.
Abel est un ermite bossu vivant dans le souvenir de son frère et de sa belle-sœur.
Entre ces deux personnages, « Isodora », un pays imaginaire où la mémoire n’existe pas.
Un roman étonnant et talentueux qui nous parle de mémoire et d’amour.


 
Auprès de moi toujours
Kazuo ISHIGURO

A Hailsham, Angleterre, une institution scolaire dont l’étrangeté se dévoile peu à peu, les élèves savent plus ou moins que leur destin n’est pas commun mais ils ne manifestent guère de curiosité. Ils étudient sagement, réalisent des œuvres artistiques que la directrice emporte pour une mystérieuse galerie. Il est question de gardiens, jamais de parents. Si, donneurs, accompagnants sont des mots qui ponctuent déjà les premières pages du roman, on ne peut en comprendre la lourde signification qu’au fil des découvertes que font eux-mêmes les protagonistes. En attendant, nous suivons Kath, Ruth et Tommy amis depuis l’enfance, ils ressemblent à tous les jeunes ou presque … et le lecteur, intrigué, suit pas à pas, le cheminement de Kath vers une compréhension bouleversante du pourquoi de son existence…

Ce roman a été adapté au cinéma en 2010 ( Never let me go )

 


 
Bons baisers de Cora Sledge
Leslie LARSON

Malgré ses 82 ans, Cora fume comme un volcan et se shoote aux anxiolytiques. Elle n’a pas sa langue en poche et se retrouve parfois un rien à côté de ses pompes. Devenue ingérable, ses enfants décident de la placer en maison de repos.
Cora ne décolère pas et son attitude ne facilite pas les relations q’elle pourrait entretenir avec les autres pensionnaires. Seul Vitus, un polonais aux manières élégantes, trouve grâce à ses yeux.
Dans un cahier offert par sa petite-fille, l’octogénaire y consigne les événements de sa vie passée et présente car il s’en passe des choses mystérieuses à la maison de retraite « Les Palissades ».
Un roman qui démontre énergiquement que la vieillesse n’est pas une maladie honteuse et que « vieux » n’est pas synonyme de « sénile ».


 
Féroces
Robert GOOLRICK

Ce roman autobiographique nous conte la vie d’une famille dans les Etats-Unis du sud dans les années 50. Epoque insouciante où les principales préoccupations semblent d’ordre vestimentaire et festif.
Mais en fouillant dans les méandres de sa mémoire, l’auteur a tôt fait de gratter ce vernis mondain. L’on s’aperçoit alors que les Goolrick, sous des dehors bonhommes, sont en fait des monstres.
Voici un récit touchant qui ne laissera personne indifférent.


 
La couleur des sentiments
Kathryn STOCKETT

En solfège, une blanche égale deux noires. Dans le Mississipi du début des années 60, une Blanche n’a pas d’équivalent. Nul ne met en doute une supériorité raciale affichée jusqu’au plus extrême et plus tranquille mépris. Pourtant, deux Noires et une Blanche vont mettre en commun leur volonté et leur courage pour rendre compte de l’absurdité et de l’injustice d’une ségrégation qui fait fi de la vie même de celui qui n’a pas la couleur dominante. A trois donc, grâce à leur opiniâtreté, elles vont recueillir des témoignages qui deviendront un livre. S’exprimeront ainsi, au fil des pages, des exemples nombreux d’humiliations mais aussi d’amour car, pendant leurs premières années, se créent des liens très forts entre les enfants blancs et leur bonne. Un roman passionnant et profondément humain qui rappelle ce que déjà nous oublions peut-être : combien il a fallu de détermination et d’audace pour que changent les mentalités – et encore, finalement, est-ce tout à fait gagné : si Obama est aujourd’hui président, il reste encore des Américains qui ne le supportent pas.

L'avis de Françoise :
Un roman passionnant, un récit plein d'humeur, de douceur, d'humour et de pudeur.
Une blanche pour deux noires et leur témoignage brûlant et palpitant... Ecoutez battre leur coeur à toutes les pages


 
Longues peines
Jean TEULE

Quand on est dedans, qu’on soit prisonnier ou gardien, la prison, c’est la galère. Il faut intégrer les codes et ce n’est pas facile pour Cyril, nouveau surveillant, qui « avait fait des études de théologie et d’anglais alors qu’il aurait mieux fait d’apprendre les mœurs des banlieues et le manouche. » Complètement d épassé, désorienté le blondinet acnéique face à la violence et aux extravagances des détenus masculins.
Côté femmes, pour Agnès, la surveillance n’est pas simple non plus, il y a Corinne qui offrait ses neveux et ses nièces aux plaisirs sadiques de son amant et qui veut maintenant épouser un détenu qu’elle n’a jamais vu - par ailleurs meurtrier de ses trois maîtresses. Elle partage sa cellule avec Nadège, infanticide, follement amoureuse du troisième barreau de la fenêtre qu’elle prend pour son mari et qu’elle ne prétend pas quitter même quand elle est remise en liberté.

L’avis de Sylvie :
Comme souvent chez Jean Teulé l’histoire est très drôle – ses personnages ont tous un grain de belle dimension - et très noir parce qu’ils sont tous paumés, prisonniers autant de leur délire que de leur cellule. Le directeur de la prison avec son bonnet couleur layette ne dépare pas dans le décor. Longues peines, un titre qui résume bien, blessures de corps et blessures de cœurs.


 
Le cherche bonheur
Michael ZADOORIAN

Ils sont deux.
Ils sont vieux.
Lui n’a plus toute sa tête. Elle n’a plus tout son corps. Mais comme elle dit : « à nous deux, on fait une personne entière ».
Alors, contre l’avis des médecins et des enfants, elle « kidnappe » son mari et tous deux partent en vacances avec leur camping caravaning sur la mythique route 66.
Un roman émouvant qui vous touchera de sa grâce


 
Les eaux amères
Armel JOB

Les eaux amères ou comment un acte peut être interprété de manières différentes et comment une succession de faits peut devenir la trame d’un drame parfois imaginé.
Depuis qu’il est enfant, le 4 août est une date maudite pour Bram. Chaque année, le notable de Mormédy se prépare à passer ce cap douloureux. Mais à peine cette crise existentielle surmontée, voilà que le quincaillier reçoit une lettre anonyme mettant en doute la fidélité de son épouse…

« Tour à tour désopilant et grave, servi par une langue superbe et un art consommé du récit, ce thriller métaphysique inclassable au dénouement aussi imparable qu’inattendu est une incontestable réussite ».
Voilà pour une critique trouvée sur la toile. Mon avis est un peu plus pondéré même si je reconnais avoir passé un bon moment de lecture.


 
Série grise
Claire HUYNEN

Etre vieux. Etre décati. Choisir de vivre parmi de plus vieux et de plus décatis. C’est la décision du narrateur. Il intègre donc de son plein gré la maison de retraite Mathusalem – un nom qui donne le ton ! Là, il observe et décrit, avec une objectivité fortement colorée de cynisme, les résidents cacochymes. Pas beaux ces corps flapis, pas ragoûtantes leurs manières à table. Pourtant il va connaître des échappées inattendues et jubilatoires en compagnie d’un ami «  qui n'était pas vieux à temps ». Un roman très court, très vif, d’une grande drôlerie irrévérencieuse. Présentée par l’auteur, la vieillesse n’est certes pas un moment de grâce.
Mais après tout, les vieux, bien avant, Victor Hugo n’en faisait pas non plus un portrait très flatteur :
Eux, ridés, épuisés, flétris, édentés, chauves,
Hideux ; l’envie en deuil clignote en leurs yeux fauves.
Oh ! comme je les hais, ces solennels grigous.

L’humour en moins … c’est toute la différence.


 
Le bureau des objets trouvés
Siegfried LENZ

Henry Neff, jeune homme de bonne famille, n’a aucune ambition. Il est jeune, un rien frondeur et rebelle et surtout, il a de l’imagination. Muté à sa demande au bureau des objets perdus, Henri va s’y sentir comme un poisson dans l’eau, un peu à la marge de la société, émerveillé des objets qui l’entourent. C’est dans ce cadre qu’il va faire la connaissance d’un « perdant » : Fédor Lagutin, un jeune chercheur en mathématique. Une amitié va naître entre ces deux-là mais c’est sans compter le contexte hostile et raciste.
Le gardien des objets perdus saura-t-il devenir celui de la meilleure part de l’homme ?


 
Vivre encore un peu
Christophe DONNER

Il existe des records de toutes sortes, celui de longévité tel que le décrit Christophe ne donne pas envie d’être battu. Son beau-père, le vieil, très vieil Elias a dépassé 104 ans, si ses enfants souhaitent le garder encore en vie, même dans ce piteux état, sa femme montre quelque impatience à s’en voir débarrassée. Il faut dire qu’en lui offrant une bague de fiançailles en toc, il s’est au départ discrédité à ses yeux – et il ne s’est jamais racheté. Aujourd’hui toussant et crachotant, il a la mémoire qui flanche et, dans son délire, menace parfois d’un marteau celle qui fut son épouse, sinon sa dulcinée, pendant 45 ans, ce qui n’a pas molli, c’est sa radinerie. Son portefeuille contre le cœur, ce reste branlant apprécie que tout le monde s’occupe de lui, même s’il ne sait plus qui est qui. Pas vraiment l’image sereine et apaisante d’un patriarche …


 
Marche arrière
Valérie SAUBADE

Il avait raté son mariage mais réussi son divorce. Et comme le pouls de la vie oscille à grands coups de balancier, il a aussi loupé sa marche arrière et … écrasé son ex-femme.
Il clame son innocence, sa maladresse naturelle et la méconnaissance de son tout nouveau 4X4. Mais bientôt, des témoignages vont à l’encontre de ses déclarations…
« Casse-toi tu pues et marche arrière » aurait pu écrire Renault. Mais Valérie Saubade préfère la sobri été du titre sans doute pour compenser la goinfrerie énergivore du véhicule de son héros.
Il est vrai que chacun fait ce qu’il pneu.
Les lecteurs ayant apprécié « Happy birthday grand-mère » et « Les petites sœurs » auront beaucoup de plaisir à lire « Marche arrière ».
Alors, en avant marche et que cela roule, ma poule !


 
Un autre monde
Barbara KINGSOLVER

«Il y a, en chacun de nous, un autre monde. La chose la plus importante est toujours celle que l'on ne connaît pas.»
Celui qui reçoit ce conseil est Harrison Shepherd, à ce moment, il est secrétaire et cuisinier de Léon Trosky, exilé et accueilli au Mexique dans la maison de Diego Rivera. Celle qui le donne est Frida Kahlo, épouse du peintre et peintre elle-même. Ceci pour vous donner une indication sur les fondements historiques de ce récit foisonnant qui dépoussière et l’organisation de la Quatrième Internationale et les ravages du maccarthysme dans les années 30. De brasseur de plâtre destiné aux fresques murales de Diego à l’écriture, encouragé par Frida, Harrisson évolue du Mexique aux Etas Unis en observateur attentif.
Un roman plutôt long mais dont un lecteur écrit : « Il y a des livres qui vous apprivoisent lentement et, une fois qu'ils l'ont fait, on redoute le moment où il faudra les quitter.  »


 
Le front russe
Jean-Claude LALUMIERE

Parce que son oncle lui a offert des Géo Magazine quand il était petit, le narrateur – qui ne rêve que de voyages – passe avec succès un examen au ministère des Affaires étrangères. Un malheureux (mais cocasse) concours de circonstance va reléguer le bonhomme dans les placards de la diplomatie française.
Alors, s’en sortira ou pas ? Mission possible ou pas ?
Un roman drôle (et cynique ?) qui dévoile l’envers du décor dans la fonction publique.
Les fonctionnaires y retrouveront un arrière goût de déjà vu et s’y sentiront un peu « comme à la maison ». Les autres seront peut-être ébahis devant les situations parfois kafkaïennes.
Au total, un excellent premier roman à rire et à pleurer.


 
Dernière nuit à Twisted River
John IRVING

Il y a :

  • des bûcherons - dont un très haut en couleurs
  • des ours – parfois c’est une erreur
  • une poêle à frire – en fonte
  • un père – boiteux et cuisinier – et son fils
  • ce fils qui devient père et écrivain
  • des femmes qui passent et ne remplacent pas celle par qui tout commença
  • un chien pétomane
  • un désir de vengeance particulièrement tenace

    … et 562 pages pour tout raconter.
    Plongez donc dans ce récit multiple, nagez d’années avant en années arrière, dégustez en passant une délicieuse pizza – le secret : un peu de miel dans la pâte – et ne craignez pas de vous perdre, Irving ne perd jamais le Nord.

 
Un jardin sur le ventre
Fabienne BERTHAUD

Suzanne va mourir comme elle a vécu : sur la pointe des pieds, sans faire de bruit. Mal aimée et rejetée par sa mère quand elle était enfant, elle quittera celle-ci pour se mettre sous le joug d’un mari égoïste, dominateur et infidèle.
L’amour qu’elle transmettra à ses enfants, elle l’aura reçu de sa grand-mère et d’une tante avec lesquelles elle aura vécu quelque temps.
Suzanne, donc, meurt d’une hémorragie cérébrale et Gabrielle, sa fille cadette, nous conte l’histoire de sa mère qui fut si mal aimée et r ésignée.
Une histoire d’amour toute en pudeur et en retenue.
Un très beau roman émouvant qui nous interpelle et nous fait réfléchir sur la violence ordinaire.
Un livre prenant qui tire sa force de sa simplicité.


 
Rosa candida
Audur Ava OLAFSDOTTIR

Parce qu’il souhaite se remettre les idées en place suite au décès inopiné de sa mère et suite à une “incarnation de sa négligence en matière de contraception”, Arnoldjur quitte son île natale pour aller planter des rosiers à huit pétales dans un monastère.
Ce voyage initiatique sera pour ce féru de botanique l’occasion de passer en douceur de l’adolescence à l’âge d’homme et de père.
Un roman décalé qui crée de l’extraordinaire dans l’ordinaire.
Humour et poésie se conjuguent avec tendresse et candeur dans ce road-movie attachant.


 
Quand souffle le vent du nord
Daniel GLATTAUER

Alors qu’elle pensait résilier son abonnement à la revue Like, le mail d’Emma aboutit chez un certain Léo Leike. Plein d’humour et de verve, le bonhomme répond à la dame.
Les choses seraient sans doute restées en cet état si Emma ne s’était de nouveau trompée d’adresse. Commence alors pour l’un et l’autre un périple épistolaire, souvent cocasse, toujours ludique où chacun des protagonistes deviendra vite accro aux mails de l’autre.
Seulement aux mails ?
A vous de lire…