Romans

ROMANS 2014

 
Pétronille
Amélie NOTHOMB

Le nom de Sainte Pétronille, vierge et martyre morte à la fin du premier siècle est, d’après Wikipédia, souvent associé à celui de Sainte Félicule. Nous ne savons pas à quoi elles consacraient leurs rencontres mais nous apprenons que la Pétronille, du roman éponyme *, boit le champagne dans des flûtes en compagnie d’Amélie Nothomb. Quand les circonstances l’exigent, ces deux pochtronnes boivent au goulot. Toujours, elles causent, la première tient des propos prol (s ?) plus ou moins recréés par la plume de l’auteure et la seconde s’exprime oralement en langage écrit. Pétronille apprécie le côté excentrique d’Amélie et celle-ci goûte dans cette amitié alcoolisée, un parfum d’exotisme social.
Si, ne touchant pas de droits d’auteur substantiels, vous ne faites pas des grandes marques citées votre ordinaire, essayez un Cava en compagnie de qui vous convient le mieux, vous verrez, c’est « précarisant ».

* Quand on évoque Amélie Nothomb, il faut au moins utiliser un mot rare.

Commentaire de Christine :
Après quelques années d’absence, voici le grand retour de Nothomb à la bib (sur les étagères, hein, entendons-nous bien).
Un roman vain (et champagne), une auteure toujours aussi imbue (mais par moment pompette), une prose parfois soûlante (mais sobre de mots savants et incompréhensibles).
Et le roman, l’auteure et la prose, ma foi, fort brillants.


 
Réparer les vivants
Maylisde KERANGAL

Un accident de voiture. Un corps éjecté. L’hôpital. Le coma dépassé. Comment supporter la douleur de perdre un fils, si jeune, si beau, si vivant il y a quelques heures à peine ? Les parents le regardent, animé par les machines, Simon ne ressemble pas à un moribond. Pourtant, il est en état de mort cérébrale et ce corps, si jeune, si beau, qui a l’air si vivant, il peut servir. Corps sacralisé dont la pensée d’attenter à l’intégrité est insoutenable. Les médecins montrent compréhension et délicatesse, ils ne cherchent pas à peser sur la décision d’une mère et d’un père déboussolés par le chagrin. S’ils acceptent, d’autres corps en attente d’une greffe pourront être « réparés ».


 
Les pétillantes
Didier FOURMY

Veuves ou divorcées, âgées et friquées, elles vivent ensemble au « Patio secret ». Elles ont le verbe haut et l’intelligence largement au-dessous de la ceinture.
Entre deux coupes de champagne, ces sexadégénérées racontent leurs histoires de fesses et de membres dans un langage des plus crus. Bien que vieilles, elles ne font pas dans la dentelle.
Un livre gras et plat, bourré de fautes d’orthographe ayant pourtant de bonnes critiques.
Un torchon qui ne vaut pas la peine d’être lu. Amis des livres, ne perdez pas votre temps et passez votre chemin.


 
La petite communiste
qui ne souriait jamais
Lola LAFON

Légère. Aérienne. Eblouissante. Nadia Comaneci affole les chronos qui n’avaient pas été prévus pour que quelqu’un atteigne un 10/10. Nous sommes à Montréal, aux Jeux Olympiques de 1974. Elle a quatorze ans et la voilà championne, surclassant les athlètes russes. Un titre prestigieux pour son pays, la Roumanie.
Et puis le temps passe, son corps se féminise. Même si ses performances restent remarquables, Nadia cesse d’être la petite fée qui envoûtait le public, l’engouement retombe.
L’ouvrage présente un double intérêt : il raconte le parcours sportif de cette gymnaste exceptionnelle et, en arrière – plan, il évoque la Roumanie communiste de Ceausescou et ses dérives. Comme l’auteur donne prétendument la parole à son héroïne, elle évite le manichéisme puisque les propos de Nadia nuancent ses éventuels a priori. Toute réalité est complexe. La grâce s’acquiert par le martyre du corps. Les Roumains souffraient-ils autant de la dictature que nous le pensons …


 
La tête en friche
Marie-Sabine ROGER

Germain est un simple. Rejeté par sa mère lorsqu'il était minot, il a poussé tout seul comme il peut. Aujourd'hui, sa famille, c'est le bistrot et ses copains.
Pour le reste, il vit dans une caravane dans le jardin de sa mère, glandouille pas mal et tue le temps en se rendant au parc. C'est là qu'il rencontre Margueritte, une vieille de chez vieille qui parle démodé et qui n'tient presque plus sur ses guibolles. N'empêche, entre ces deux-là, une histoire va naître...


 
La garçonnière
Hélène GREMILLON

Vittorio rentre chez lui. L’appartement est bouleversé : verres cassés, fauteuils renversés, lampe tombée … et par la fenêtre ouverte, il aperçoit le corps de sa femme gisant sur le sol. Il est aussitôt accusé d’assassinat et emprisonné.
Eva Maria, une de ses patientes, Vittorio est psy, va seule chercher à l’aider à le disculper. Nous sommes en Argentine, au moment où les souvenirs des horreurs perpétrées par la junte militaires sont encore vivaces et parasitent la perception des êtres et des événements. Qui a tué Lisandra ? L’auteur ne ménage pas les fausses pistes et les rebondissements. Si ce roman est bâti comme une intrigue policière, il s’attache en fait essentiellement aux tours et détours de l’âme humaine. La vérité sera connue du seul lecteur et ce n’est pas elle qui aura triomphé.


 
Confiteor
Jaume CABRE

Surdoué, Adria absorbe toutes les connaissances sans se donner plus de mal qu’une éponge.
Sous aimé, Adria n’existe auprès de son père qu’en rapport avec ses performances intellectuelles et avec sa mère qu’en lien avec ses dons de violoniste. L’un le veut humaniste polyglotte, l’autre virtuose adulé. Le garçon avance donc dans la vie entre ces deux exigences. MAIS, ce récit est loin d’être linéaire : l’auteur mélange les époques, les événements, les lieux, les individus et cela sans transition et sans que le lecteur perde le fil de ce roman labyrinthique tant la technique narrative est maîtrisée. Un thème récurrent sous-tend l’œuvre, le problème du mal, de l’Inquisition aux camps d’extermination nazis, toujours la même intolérance, la même violence, la même inhumanité. J’ai aimé « Confiteor », je reconnais, j’avoue.